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16 août 2006 3 16 /08 /août /2006 08:32

Je ne parle pas de moi car je suis encore assez jeune... vous allez comprendre.

Le 10 Août dernier, j'ai effectué mon dernier traitement de protection du vignoble. Parlons de ce dernier traitement!

Il faisait froid pour la saison, j'ai donc utilisé une tisane d'ortie en complément de mon traitement pour réduire la dose de cuivre employée. L'ortie stimule la circulation de la sève, comme elle stimule la circulation de notre sang lorsqu'on se pique. C'est l'une des raisons pour lesquelles elle modifie le terrain de la vigne afin que le mildiou ne s'implante pas.

De plus, puisqu'on était proche du périgé lunaire, j'ai aussi pulvérisé sur le feuillage de la vigne une décoction de prêle. Le périgée lunaire est une période critique durant laquelle les maladies cryptogammiques sont stimulées. En cette période, la lune a une attractivité très forte: les forts coefficients de marrée en témoignent. La conséquence: la pression athmosphérique varie, l'anticyclone s'éloigne de nos côtes atlantiques et de fortes précipitations sont attendues sur notre vignoble. La prêle est donc indispensable car elle a la faculté de repousser les agressions des maladies cryptogammiques. Il est tombé l'équivalent de plus d'un mois de précipitations en 36 heures. Je préfère mettre toutes les chances de mon côté.

Ces précipitations ayant été anticipées par météofrance, j'ai choisi d'utiliser de la bouillie bordelaise à la dose de 1,5 kg par ha (soit 300 g de cuivre par ha) avant leur arrivée . Ceci porte le cumul des doses de cuivre employées à 5049 g/ha pour la saison 2006.  Compte-tenu de la météo chaotique de cette année, je trouve que c'est une jolie performance. Rappelons que le cahier des charges AB (Agriculture Biologique) impose un total de cuivre annuel inférieur ou égal 6000 g/ha.

Je m'éloigne de l'objet de ce message.

Lors de ce dernier traitement, je suis tombé en panne de matériel. En attendant le dépanneur, un confrère de 86 ans qui revenait d'une de ses parcelles s'est arrêté et nous avons discuté. Ce fût une discussion pleine de bon sens. Il m'a fait part de queqlues-unes de ses expériences. Or, l'expérience des vignerons de cette classe d'age est primordiale pour moi. Voici quelques extraits:

"Il y a trois ans, j'avais désherbé une vigne avec du désherbant au printemps. La vigne n'était pas belle. Je crois que le désherbant était resté sur l'argile car l'argile est impérméable. Comme les racines de la vigne sont à l'horizontale, elles ont dû en prendre un coup. Depuis je ne désherbe plus et je coupe l'herbe à la main. Mes vignes beaucoup plus belles."

C'est aussi ce que j'ai constaté quand j'ai arrêté de désherber les miennes à partir de 98. Mes vignes étaient pimpantes alors que les vignes voisines avaient l'air tristes et en mauvais état.

"Tu fais tes vignes en bio ? Pourtant tu traites. Je croyais qu'on avait pas le droit de traiter en bio ???
- Heureusement qu'on a le droit de traiter sinon on n'aurait pas de récolte. Simplement on n'a pas le droit d'utiliser de produit chimique de synthèse: aucun contact chimique, aucun produit pénétrant, aucun produit systémique. On a juste le droit d'utiliser des sels d'oligo-éléments comme les sels de cuivre et le soufre. Contre les vers de la grappe et les mange-bourgeons on utilise des micro-organismes parasites. Il y a une solution à tout en bio. Mais surtout, pour réduire les doses de cuivre et de soufre, on utilise des tisanes et décoctions de plantes. Pour mon dernier traitement, j'utilise une tisane d'ortie et une décoction de prêle en complément d' 1,5 kg/ha de bouillie bordelaise.
- Tu sais gamin (expression locale utilisée quand une personne expérimentée s'adresse à une personne avec moins d'expérience), tout ce que tu pourras faire sans la chimie sera meilleur pour toi et pour ton vin.
- J'en suis conscient, c'est pour ça que j'ai converti tout mon vignoble en biodynamie. Mais je souhaite encore progresser et réduire encore les quantités de cuivre et de soufre utilisées. Pour ça, il faudrait que je fasse un système pour récupérer l'eau de pluie. En utilisant l'eau de pluie (déminéralisée), on extrait mieux les éléments des plantes lors des tisanes et décoctions. De plus, on évite que le cuivre et le soufre se lient aux éléments minéraux contenus dans l'eau de la concession. On arrive à la même efficacité de traitement en utilisant moins de quantité.
- Tu sais, j'ai un jardin avec une cabane de jardin. Ma goutière descend dans un bidon. J'utilise cette eau pour arroser mes légumes.  Quand je n'ai plus d'eau dans mon bidon, j'utilise le jet d'eau. Tu me croiras si tu veux; quand j'utilise l'eau de la concession, mes légumes sont moins beaux. Ils font la tête"

Il regardait ma vigne:
"T'as de la récolte là-dedans, gamin.
- Oui, je vais en avoir besoin car certaines vignes ont pris la grêle. Il faudra attendre que ça murisse.
Il y a aussi de l'herbe. Il faudrait que je repasse la charure intercep mais je crois que je n'aurais pas le temps avant la pluie. Heureusement que je ne mets pas d'engrai depuis plusieurs années car l'herbe pousse à une vitesse!
- tu sais, moins tu mettras d'engrai, meilleur sera ton vin. Biensûr, il faut en mettre un peu, mais la juste dose. En plus, ta vigne aura moins de maladie"

Une grand-tante m'avais dit ça il y a quelques années:
"Avant qu'on mette de l'engrai dans les vignes, le vin était meilleur. Si tu ne mets pas d'engrai, tu feras du meilleur vin."

Bon, j'arrête-là car il y aurait encore tant à dire!
Je tenais à retranscrire ces quelques échanges car ce n'est malheureusement pas ce qu'on entend le plus courramment lors des discutions entre vignerons. Le fait qu'une persone d'expérience (= avec plus de 50 ans de recul) le dise me conforte dans mes choix et dans mes opinions.

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Published by Franck PASCAL - dans Traçabilité
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Vers une nouvelle viticulture


En Champagne, chaque vigneron et chaque maison a son savoir-faire, son idéal en matière de méthode culturale, ses secrets de vinification, et ses cuvées à proposer. En ce sens, notre approche est particulière.

La recherche poussée à tous les niveaux pour créer de grands vins inimitables vient du fait que j'ai suivi un parcours atypique. Ingénieur de formation, j'ai décidé de revenir sur le domaine familial suite à un tragique accident de mon jeune frère. J'y ai appris une chose primordiale: la vie n'a pas de prix... et c'est une des raisons pour lesquelles je cherche à préserver le mieux possible la vie qui s'installe dans mes vignes, mais aussi celle des personnes qui travaillent avec nous; et celle des consommateurs qui nous permettent de gagner l'argent nécessaire pour continuer dans notre voie.

C'est après avoir fait mon service militaire dans le génie et y avoir appris le mode d'action des toxiques  de combats sur l'homme que j'ai voulu faire une formation pour comprendre comment travailler la vigne. C'est en 1996 et 1997 que j'ai pris conscience - lors de cet apprentissage - que les modes d'entrée des pesticides dans le corps des ravageurs est le même que celui des gaz de combats mis au point pour les militaires. Je me suis rapidement demandé en quoi des biocides pouvaient être inoffensif à moyen terme sur l'homme...

En 1998, j'ai commencé par supprimé les insecticides, les désherbants, les engrais et les anti-botrytis. Puis, un jour, mon père m'a transmis une parcelle de pinots noirs qui était systématiquement ravagée par le mildiou. C'est cette vigne que j'ai dès lors cultivé sans pesticide. Je me suis dit que si la bio réussissait là, ça marcherait partout. Dès la première année, le pari était réussi. Je n'ai pas mis longtemps à déployer ces méthodes culturales sur mon vignoble. C'est en 2002 que le domaine a vu ses premières préparations biodynamiques. La biodynamie est une culture biologique améliorée par l'application de soins énergétiques.

L'énergétique est arrivée sur notre domaine par cette grande porte. Depuis, nous continuons à explorer ce très vaste domaine en perpétuelle évolution. De nouvelles possibilités sont testées chaque année pour aller encore plus loin. Le but est d'aider la nature à renaître après 20 à 30 ans de destruction systèmatique et savamment organisée par les pesticides; mais aussi de lui permettre d'évoluer dans un monde qui bouge vite.

Ainsi, outre la biodynamie, nous testons l'homéopathie, les dynamisations de plantes, d'autres techniques énergétiques, les huiles essentielles; et d'autres choses qui risqueraient d'être qualifiées d'ésothériques (géobiologie par exemple); mais nous assumons nos choix et acceptons de le révéler sur notre blog. Avec quelques années de recul, je sais que les possibilités de ces "techniques" dépassent notre imaginaire.

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