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14 mars 2006 2 14 /03 /mars /2006 09:47

Aujourd'hui, le calendrier lunaire nous dit  "c'est jour fruit et période de plantation". C'est donc le moment de mettre en terre les bois sélectionnés dans nos vieilles vignes et les "démarrer" au chaud. Lorsqu'ils auront fait quelques racines, nous les repiquerons en terre. Nous préservons ainsi les espèces de vigne en voie de disparition... la biodiversité du domaine est conservée, sous l'oeil attentif de Saint-VIncent.

EXPLICATIONS:

Autrefois, les vignerons multipliaient leurs propres vignes; ou bien faisaient appel à des pépiniéristes qui s'étaient spécialisés dans le travail de séléction des bois de vigne pour les greffer. Ils avaient donc sélectionné certaines parcelles d'où ils tiraient les bois. C'est ce qu'on appelle la séléction massale.

Depuis les années 80, le services techniques viticoles ont incité à la plantation de vignes à base de clones.

 

Comment obtient-on un clone ?

Cela n'a rien à voir avec les manipulations génétiques des fictions...
Tout d'abord, on sélectionne des ceps de vigne pour certaines aptitudes; notamment de fortes capacités productives (= rendement élevé). Puis ces ceps sont multipliés de manière à pouvoir extraire de grandes quantités de greffons et composer de grandes quantités de plants aux aptitudes homogènes. C'est la sélection clonale.

Suite aux années de fortes gelées qui ont posé des problèmes de survie du vignoble (4 années étaient nécessaires pour cumuler l'équivalent d'une récolte), les clones productifs sont arrivés comme un soulagement pour le vigneron. Depuis les années 80, le vignoble champenois a vécu un véritalbe changement car les clones ont remplacé les sélections massales.



Qu'a changé la généralisation des clones ?

Un point positif: la production s'est accrue grâce aux clones; et s'est accentuée grâce au réchauffement climatique: gelées printanières moins fréquentes, floraison sans gros pépin, et raisins de grosse taille.
Les points négatifs sont d'ordre qualitatif et environnementale:
- la difficulté s'est déplacée car les vignes produisant plus de raisins ont du mal à les faire mûrir jusqu'au bout... ce qui est dommageable pour la qualité du vin. C'est pourquoi, après avoir taillé court nos vignes, nous sommes parfois contraints de couper des raisins dès la floraison et permettre ainsi de réduire la charge potentielle de la vigne. Ayant moins de raisins à faire mûrir, la vigne parvient à produire des raisins avec une meilleure maturité.
- du point de vue environnemental, les variétés anciennes de vignes sont remplacées par des clones. Les vignerons avaient sélectionné pendant des siècles des espèces adaptées à nos terroirs et à nos micro-climats. La diveristé biologique était très grande: des milliers de sortes de vignes d'un même cépage étaient nées de ces sélections et multiplications empiriques. Aujourd'hui, on dénombre tout au plus quelques dizaines de clones qui viennent inexorablement remplacer la biodiversité ancestrale. Tout a été chamboulé en moins de 30 ans (âge moyen auquel la vigne est arrachée en Champagne).

 

Le patrimoine génétique de la Champagne s'épuise !

Bientôt, le vignoble de la région aura perdu ses possibilités génétiques et ces quelques espèces pourront aisément être transplantées en tout point du globe... Or, le vin est obtenu par La Vigne et par le terroir. Si la vigne perd ses particularités, le vin en perdra une partie aussi.



Et au Champagne Franck PASCAL ?

Afin de préserver la biodiversité de notre domaine (celle qui à mon sens contribue à la richesse de nos vins), je n'ai pas arraché mes vieilles vignes, même si certaines d'entre elles plantées entre 55 et 60 montrent des signes de fatigue. Dans une de ces vieilles parcelles, l'état sanitaire est exemplaire et la production de la vigne est raisonnable. Ce sont deux critères très importants en bio pour obtenir des vins de qualité. Je référence, année après année, les ceps dont la récolte est suffisante, pas trop abondante; et surtout dont les raisins ne pourrissent pas.
Plus nombreuses seront les anciennes espèces préservées, plus nous pourrons trouver des solutions à de nouveaux fléaux...

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Published by Franck PASCAL - dans A la vigne
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commentaires

aurélien 14/03/2006 20:59

Bonjour / Bonsoir Franck ,
En effet la séléction massale est une des voies à suivre afin de préserver la typicité de chaque terroir.
Mais l'ensemble de la Champagne fait elle encore " des vins de terroirs " ? .....
Techniquement, ajoutes  tu, en pot, un compost avec des préparations biodynamiques afin de faire bien démarrer tes jeunes plantations ?
Cordialement.
Aurélien.

Franck PASCAL 16/03/2006 08:50

Bonjour Aurélien,Concernant les vins de terroirs en Champagne, je pense que ça va revenir au goût du jour. Mais préserver le patrimoine génétique de la région a un but primordial pour l'avenir de la Champagne: éloigner le plus possible les vins de champagne du caractère des vins du reste du mode. Certes, notre climat et notre terroir sont particuliers, mais la vigne est l'élement qui transcrit ces deux notions dans le raisin.... Si on limite le nombre de transcripeurs à 50 au lieu de 100 000, ces 50 transcripteurs peuvent facilement être reproduits sur d'autres terroirs à la surface du globe. Le fossé qui séparera les vins de Champagne se comblera un peu plus. Ajoute à cela les levures sélectionnées et les bactéries pour ensemencer le vin... Le caractère qui fait la force des vins de Champagne sera de moins en moins marqué. Je me trompe peut-être, mais par précaution, je préfère prendre les devants.Pour la mise en pot, je prends une terre qui a été informée par le compost de bouse Maria-Tuhn à l'automne dernier. Je la mélange avec un peu de terreau. La veille de la mise en pots, j'avais fait une 500 dans laquelle j'avais trempé mes sarments. J'ai mis en pots, puis j'ai arrosé les pots avec l'eau qui avait servi à faire ma 500.  Je vais faire un ou deux 500 avant mise en terre.Le compost biodynamique est très riche, on l'apporte en faible quantité à la vigne. Je ne pense pas que ce serait une bonne idée de mettre le "plant" directement dedans. La 500 a pour rôle de stimuler la multiplication des racines et leurs verticalité... à ce stade, je veux que le bois fasse des racines.A bientôt,Franck

Vers une nouvelle viticulture


En Champagne, chaque vigneron et chaque maison a son savoir-faire, son idéal en matière de méthode culturale, ses secrets de vinification, et ses cuvées à proposer. En ce sens, notre approche est particulière.

La recherche poussée à tous les niveaux pour créer de grands vins inimitables vient du fait que j'ai suivi un parcours atypique. Ingénieur de formation, j'ai décidé de revenir sur le domaine familial suite à un tragique accident de mon jeune frère. J'y ai appris une chose primordiale: la vie n'a pas de prix... et c'est une des raisons pour lesquelles je cherche à préserver le mieux possible la vie qui s'installe dans mes vignes, mais aussi celle des personnes qui travaillent avec nous; et celle des consommateurs qui nous permettent de gagner l'argent nécessaire pour continuer dans notre voie.

C'est après avoir fait mon service militaire dans le génie et y avoir appris le mode d'action des toxiques  de combats sur l'homme que j'ai voulu faire une formation pour comprendre comment travailler la vigne. C'est en 1996 et 1997 que j'ai pris conscience - lors de cet apprentissage - que les modes d'entrée des pesticides dans le corps des ravageurs est le même que celui des gaz de combats mis au point pour les militaires. Je me suis rapidement demandé en quoi des biocides pouvaient être inoffensif à moyen terme sur l'homme...

En 1998, j'ai commencé par supprimé les insecticides, les désherbants, les engrais et les anti-botrytis. Puis, un jour, mon père m'a transmis une parcelle de pinots noirs qui était systématiquement ravagée par le mildiou. C'est cette vigne que j'ai dès lors cultivé sans pesticide. Je me suis dit que si la bio réussissait là, ça marcherait partout. Dès la première année, le pari était réussi. Je n'ai pas mis longtemps à déployer ces méthodes culturales sur mon vignoble. C'est en 2002 que le domaine a vu ses premières préparations biodynamiques. La biodynamie est une culture biologique améliorée par l'application de soins énergétiques.

L'énergétique est arrivée sur notre domaine par cette grande porte. Depuis, nous continuons à explorer ce très vaste domaine en perpétuelle évolution. De nouvelles possibilités sont testées chaque année pour aller encore plus loin. Le but est d'aider la nature à renaître après 20 à 30 ans de destruction systèmatique et savamment organisée par les pesticides; mais aussi de lui permettre d'évoluer dans un monde qui bouge vite.

Ainsi, outre la biodynamie, nous testons l'homéopathie, les dynamisations de plantes, d'autres techniques énergétiques, les huiles essentielles; et d'autres choses qui risqueraient d'être qualifiées d'ésothériques (géobiologie par exemple); mais nous assumons nos choix et acceptons de le révéler sur notre blog. Avec quelques années de recul, je sais que les possibilités de ces "techniques" dépassent notre imaginaire.

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