Les raisins sont cueillis, le vin fermente,
on pourrait croire que l'année est terminée. Vous pourriez croire que le vigneron se repose de son dur labeur... Erreur! La vendange n'est qu'un début.C'est le début des vinifications, mais c'est surtout le début d'une nouvelle année au vignoble. La prochaine vendange se prépare dès maintenant!
Les rameaux se sont tranformés en bois pendant que les raisins murissaient. On dit qu'ils ont aoûté. Les feuilles sont encore accrochées aux rameaux. Elles vont bientôt tomber, c'est la "chute des feuilles".
La sève alimente la feuille de vigne via de minuscules cannaux: les vaisseaux du bois. Pour protéger les rameaux de l'esca, la vigne fabrique un liège à la base de la tige de la feuille qui va obstruer ces canneaux. C'est une protection naturelle. Afin d'aider la vigne à synthétiser ce liège, nous effectuons une dynamisation de silice de corne appliquée juste après vendanges. C'est ainsi que nous avons vu l'esca régresser ces dernières années dans nos vignes.
Suite à l'épandage de cette préparation biodynamique, les feuilles prennent rapidement leurs couleurs d'automnes et chutent lorsque le liège est fabriqué... A mon sens, les gelées ne doivent en aucun cas être le facteur déclanchant de la chute des feuilles, car cela signifierait que le liège protecteur n'est pas en place et que les rameaux seront plus sensibles aux maladies du bois les années suivantes...
Avec la chute des feuilles, la vigne entre en dormance. Les feuilles mortes constituent une matière organique contenant environ 6% d'oligo-éléments et éléments minéraux (94% d'une plante est constituée de C, O, ou H, puisés dans le CO2 de l'air et dans l'H2O de l'eau). Il faut conserver cette ressource minérale jusqu'au printemps, lorsque les plantes les chercheront pour parfaire leur constitution. La forme "d'hibernation" doit donc être une forme non lessivable: la matière organique sera donc humifiée sous l'action de micro-organismes.
Pour favoriser cette humification; et pour développer le sol et sa structuration, nous utilisons une autre préparation biodynamique répondant au doux nom de "compost de bouse Maria Thun" (nom de son inventeuse). C'est une préparation qui s'utilise à 240 g/ha. Vous pouvez la voir ci-à-droite. Vous pouvez constater que des vers du compost y naissent presque spontanément...
Cette préparation va apporter une énergie à la vigne pour que le sol évolue vers une forme où la matière organique est mieux transformée et où le sol est mieux structuré (porosité accrue notamment)...
Dans le cas du compost de bouse Maria Thun, les énergies sont d'origine cosmique (et non comique). On connait tous l'influence de la lune sur les légumes du jardin ou sur les champignons... les autres planètes jouent aussi un rôle. Je suis conscient que ces notions peuvent paraître abstraites de nos jours, pourtant, on les constate. De nombreuses civilisations orientales connaissent les interactions entre les organes du corps humain et ces rythmes cosmiques. Ce sont des notions que notre monde matérialiste a bien souvent perdu, mais dont la médecine chinoise se sert encore aujourd'hui... parfois, lorsque la médecine moderne est dans l'impasse, les soins énergétiques qui tiennenent compte de ces aspects non quantifiables sont une bonne alternative... c'est un autre sujet qui montre que tous les aspects de la Vie sont imbriqués et qu'il serait déraisonnable de considérer uniquement ce qui est visible ou palpable pour réussir la culture des vignes.
La chute des feuilles est aussi la période pendant laquelle il est judicieux d'apporter les composts biodynamiques et autres apports organiques naturels au vignoble. En effet, cela facilitera la structuration du sol d'une part, et cela nourrira le sol d'autre part. Il est nécessaire d'avoir un sol bien nourri dans lequel la vigne ira puiser ses aliments en fonction de ses besoins. De manière conventionnelle, on cherche trop à assister la vigne par des engrais qu'elle prend de manière presque directe. Cette pratique est assimilable au gavage des oies et non à de la nutrition de pointe: la vigne, par la nature des engrais (partiellement ou totalement solubles), n'a pas la possibilité de faire le choix de ses aliments; ni de les équilibrer entre eux selon les besoins du moment... son alimentation est fréquemment carrencée ou excédentaire, ce qui fragilise sa santé.
Autre point important pour le printemps suivant: le travail du sol.
Au printemps, il est intéressant de conserver une flore diverse et variée dans la vigne. Cette biodiversité régule de nombreux ravageurs et auxiliaires de la vigne, tout en maintenant la Vie. Cependant, il faut veiller à ce que l'herbe ne vienne ni concurrencer la vigne sur le plan alimentaire et hydrique; et il faut veiller à ce que l'herbe sous les ceps ne monte pas au point d'asphixier les raisins. C'est maintenant que cet aspect de la culture de la vigne se prépare.
Ci-dessus, une vigne dont le sol n'a pas été travaillé depuis plusieurs semaines. Le sol est "à plat". La méthode que nous utilisons est celle qui était pratiquée autrefois. La viticulture traditionnelle a été affinée patiemment ,au fil des générations de vignerons, avant l'arrivée du désherbage chimique.
La technique est simple: on "chausse" la vigne à l'automne en créant une légère butte de terre sous le rang de vigne (appelé cavaillon). Au printemps, le passage de l'intercep sera facilité. L'herbe naissante (au stade plantule) sera chahutée lors du passage de l'outil et le "cavaillon" restera propre. Plusieurs outils de travail du sol sont utilisables pour réaliser ce buttage.
Pour cette fois, nous avons opté pour les cover-crop (voir photo du tracteur qui nous sert à travailler les sols).
Cette année, en raison de l'excès de pluie, les sols ont été trop peu travaillés.
En cette saison, l'humidité arrivant, nous déléguons le travail du sol aux vers de terre, pendant que le sol n'est pas trop froid.
"Le Grenelle de la déception" selon
la Fédération Régionnale de l'Agriculture Biologique de Champagne-Ardenne (FRAB). Voici ci-après le communiqué de presse rédigé par la FRAB le 16 Octobre dernier. A la lecture, c'est effectivement
consternant! Sachez que si vous souhaitez que l'environnement soit réellement pris en compte dans ce grenelle, il existe un moyen:
http://www.legrenelle-environnement.tv/petition.
Votre avenir est entre vos mains :-)
Plus sérieusement, voici le communiqué de presse de la FRAB Champagne-Ardennes qui renseigne sur les discussions en coulisse...
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Grenelle de l’Environnement régional :
Après l’enthousiasme, la déception.
La Fédération Régionale des AgroBiologistes de Champagne-Ardenne participait hier au Grenelle de l’Environnement organisé à Châlons en Champagne, et plus spécifiquement à l’atelier de travail relatif aux modes de production et de consommation durables.
Premier constat : une place privilégiée a été accordée à la profession agricole conventionnelle
La représentation collégiale qui a fait l’intérêt des groupes de travail nationaux était loin d’être atteinte en région ; les organisations professionnelles agricoles classiques étaient massivement représentées à travers des membres de coopératives, de chambres d’agriculture, du syndicat majoritaire, et par des organismes ou sociétés qui gravitent autour tels l’UIPP, Arvalis-Institut du Végétal, les firmes semencières. Peu de place a été laissée à l’agriculture biologique, pourtant garante de changements imposants en matière de respect de l’environnement. Un seul représentant de la filière biologique était invité. Fort heureusement, quelques associations environnementales, de consommateurs, quelques lycées et quelques collectivités comme les PNR, les Conseils généraux et le Conseil régional ont pu participer à l’atelier.
Deuxième constat : le choix du rapporteur est largement contestable
Prévu pour assurer un rôle de retranscription synthétique des opinions exprimées dans l’atelier, le rapporteur Gérard Lapie, ancien président de la chambre régionale d’agriculture, n’a fait preuve d’aucune neutralité. Il était indispensable qu’une personne indépendante des enjeux discutés dans cet atelier soit nommée comme rapporteur. Nous mettons donc en cause ce choix de la préfecture.
Troisième constat : la HVE est une « usine à gaz »
La Haute Valeur Environnementale (HVE) a été largement critiquée par les participants. Avec pour objectif d’offrir des garanties en matière d’environnement au consommateur, sur les produits agricoles, ce concept troublera encore plus les consommateurs, déjà perdus dans la multitude des signes de qualité, officiels ou non. Pire, la HVE ne signifie rien. Elle prévoit différents niveaux de respect de l’environnement, mais bizarrement c’est l’agriculture raisonnée qui a été largement évoquée, ses acteurs déplorant le nombre très faible de fermes qualifiées dans la région (101, contre 145 en agriculture biologique) et l’absence de valorisation vis-à-vis du consommateur. C’est normal, le consommateur demande mieux.
La FRAB a donc formulé ses propositions sur ce point : abandonner l’idée de HVE, s’appuyer sur les démarches professionnelles existantes en matière de certification et hiérarchiser les niveaux de pratiques en fonction de leur intérêt environnemental en positionnant l’agriculture biologique au plus haut de l’échelle, considérant ses impacts positifs sur l’environnement et l’espace rural. Rappelons que les bénéfices de ce mode de production sur la qualité de l’eau, la préservation des sols, la biodiversité et la durabilité des exploitations agricoles, sont explicitement reconnus dans les textes européens (règlement CE 2092/91 et 1804/99).
Cette proposition n’a pas été retenue dans le rapport.
Quatrième constat : Fixer des objectifs ambitieux et s’y tenir !
Atteindre 6% des surfaces agricoles en bio en 2010et 20% en 2020. Telle était l’une des propositions discutées dans l’atelier. Ce chiffre est-il trop ambitieux ? Oui pour les organisations conventionnelles qui demandent qu’on se fixe l’objectif d’atteindre l’autosuffisance, c’est-à-dire produire à hauteur de la demande. Pour la FRAB, ce chiffre est à nuancer : 6% en 2010 puis 20% en 2020, c’est effectivement trop ambitieux si les moyens adéquats ne sont pas déployés. Avec 0.5% de bio en Champagne-Ardenne, le pas à franchir est grand. Bien plus grand que le doublement des surfaces bio régionales d’ici 2013, envisagé par la profession bio. Mais ce doublement cache une autre réalité : aucune organisation professionnelle agricole de la région n’a jusqu’à aujourd’hui daigné accorder un intérêt à l’agriculture biologique à hauteur des enjeux. 20% en 2020, la FRAB est évidemment favorable à cet objectif, à la condition de ne pas être seule à devoir y répondre. Elle demande donc explicitement que l’accompagnement technique, l’appui organisationnel, la formation en agriculture biologique deviennent des composantes obligatoires du développement agricole. L’Etat et les pouvoirs publics doivent assumer leurs objectifs par la mise à disposition de moyens financiers massifs. Les organisations agricoles doivent quant à elles se retrousser les manches et rattraper leur retard.
La demande d’un accompagnement sur le terrain et de conseils massifs en agriculture biologique n’a pas été reprise dans le rapport de l’atelier.
Cinquième constat : Parler de l’agriculture biologique, oui mais en connaissance de cause !
L’agriculture biologique n’est pas le fait d’agriculteurs hippies, vivant sans électricité, pieds nus et passant leur temps à philosopher sur la vie. L’image est caricaturale, certes. Mais les idées reçues des représentants agricoles le sont tout autant. La FRAB appelle les acteurs agricoles à cesser de diffuser des messages alarmistes et faux sur l’agriculture biologique, sur les freins terribles qui existeraient pour se convertir à la bio, sur le poids de la réglementation et de la charge administrative, etc. Les agriculteurs biologiques sont disposés et l’ont toujours été à expliquer ce qu’est l’agriculture biologique, à faire visiter leurs fermes, à présenter leurs pratiques, à montrer en quoi il s’agit d’une agriculture à la pointe de la modernité, sans cesse en quête d’innovations agronomiques, et qui se remet en cause. Certaines organisations ont affiché leur intérêt d’apprendre de l’agriculture biologique. La FRAB se tient à leur disposition.
Sixième constat : chassez les OGM, ils reviennent au galop !
Olivier De Lagarde, Directeur Régional de l’Agriculture et de la Forêt l’avait précisé d’entrée de jeu en tant qu’animateur de l’atelier : celui-ci ne traitera pas des OGM, car le sujet sera débattu au niveau national par les parlementaires. Malgré cela, plusieurs organisations agricoles ont insisté sur la nécessité de réfléchir aux OGM comme outil de réduction de l’utilisation de pesticides et des pollutions diffuses. Les semenciers ont même rappelé l’après-midi qu’ils étaient tout disposés à poursuivre leurs recherches et à continuer à fournir des semences GM et non GM, la coexistence étant garantie comme l’attestent selon eux de nombreux exemples à travers le monde. Même si la FRAB ne s’est pas prononcé sur le sujet lors de la journée d’hier, sa position est claire : Non, la coexistence n’est pas possible. Il est illusoire de croire qu’on peut préserver les cultures non GM et l’environnement à partir du moment où les OGM sont autorisés et cultivés. Et justement, les nombreux exemples dans le monde viennent conforter cette réalité.
Septième constat : les produits bio doivent être accessibles à tous.
Le coût des produits alimentaires a été discuté. Comment permettre à des foyers modestes d’accéder à une alimentation qui peut coûter un peu plus cher ? Si le mode de consommation doit être revu pour permettre à chacun de consommer mieux, il est aussi d’autres mesures simples qui pourraient être mises en place. Parmi elles, la suppression de la TVA sur les produits bio, justifiée par les nombreuses aménités que l’agriculture biologique procure à l’ensemble de la société.
Cette proposition n’a pas été retenue dans le rapport de l’atelier.
Huitième constat : le cas de la luzerne récupéré par les lobbies de la chimie
La filière luzerne est en crise. Les surfaces de luzerne régressent. C’est préjudiciable pour l’agriculture champardennaise qui, avec cette culture, dispose d’un outil très puissant de protection de l’environnement, notamment des ressources en eau. La luzerne, cultivée traditionnellement pendant plusieurs années dans les rotations a pour intérêt agronomique sa capacité à fixer l’azote de l’air et donc à en enrichir le sol – diminuant le besoin de fertilisation azotée dans les cultures suivantes. Dans le cadre de la discussion portant sur la réduction des pesticides qui devra notamment passer par l’interdiction de certaines molécules, les représentants de l’agriculture intensive ont mis en avant que supprimer la molécule herbicide utilisée sur la luzerne reviendrait à condamner cette culture. Cette récupération du problème par les lobbies de l’agrochimie est scandaleuse. La culture de luzerne n’a nul besoin d’herbicide. Pour preuve elle est cultivée en agriculture biologique sans intervention spécifique pour maîtriser les adventices, car elle présente un autre intérêt agronomique qui est de concurrencer toutes les adventices. La filière luzerne est effectivement menacée dans la région, non pas par l’interdiction prochaine de molécules chimiques pour leur dangerosité, mais par les cultures à vocation énergétique qui sont plus profitables économiquement.
Un des groupes a pointé dans sa synthèse la nécessité d’effacer les lobbies pour proposer des mesures pertinentes, efficaces, dont le seul moteur serait le souci de concevoir les activités humaines de manière à ce qu’elles respectent l’environnement. C’est à ce prix que des avancées seront réalisées dans le domaine agricole également. Mais malheureusement ce Grenelle de l’environnement régional est passé à côté et les conclusions de son atelier sur les modes de production et de consommation durables s’en ressentent. La FRAB Champagne-Ardenne affiche sans ambiguïté sa déception et lance un appel au monde agricole pour que le rendez-vous que doivent constituer les assises nationales de l’agriculture soit le bon : un changement profond des modes de production agricoles est à enclencher.
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Contact presse Guillaume Delaunay Tél. : 03.26.64.95.09 frab@biochampagneardenne.org |
Ca y est, on peut ranger les sécateurs !
2007 nous aura donné du fil à retordre avec une météo difficile de Mai jusqu'à la mi-Août. La pression mildiou a été particulièrement forte. Fort heureusement, l'état sanitaire des raisins s'est
bien maintenu jusqu'aux vendanges. Les raisins pressurés étaient magnifiques. On s'en sort bien, sur le fil du rasoir...
Les rendements sont satisfaisants, même si le potentiel en début de saison était supérieur à ce qui a été récolté, et que le rendement obtenu est inférieur aux autres années. La floraison, en
raison du froid, s'est étalée. Il a fallu insister sur la silice de corne afin de resserrer les écarts entre les raisins les moins mûrs et les raisins les plus murs.
Au pressoir, les raisins étaient beaux, propres et sains. La maturité des peaux et des chaires étaient au rendez-vous. Elle était parfois limite pour les pépins: ils commençaient tout juste
à chamoiser, leur cycle n'était pas totalement terminé. Nous avons donc retardé les vendanges dans les vieilles vignes destinées à la production du vin rouge maison. En effet, ici, les
tanins oenologiques sont proscrits, même (ou surtout) en rouge.
Une semaine avant vendanges, nous sommes allés dans les vignes avec un caviste Angevin. On a pu le rassurer sur deux points qui le désolaient depuis le début de son périple en Champagne:
- oui, il y a des vignes où la diversité biologique est préférée au désherbage chimique intégral
- oui, les rendements peuvent être contenus, les raisins peuvent avoir beaucoup de goût et les peaux montrer leur maturité phénolique par la présence de jolis tanins
Après 4 jours passés à silloner le vignoble, il était grand temps qu'il prenne conscience que nous sommes de plus en plus nombreux à bichonner nos vignes et à travailler dans le sens de la
Nature...
Nous avons terminé nos vendanges il y a peu car nous voulions profiter de l'occasion qui nous était donner de récolter les fruits de notre travail... C'est bien connu, les vendangeurs oublient
toujours des raisins. Parallèlement, les grapillons ont profité de l'été indien pour murir. Le degré moyen de ces raisins est de 10°9. La chaptalisation n'est donc pas nécessaire. Comme leurs
prédécesseurs, les jus n'ont ni été décolorés, ni enzymés, ni bentonités, ni caséinés, ni quoique ce soit d'autre. Seul le soufre fût utilisé.
Faute de chaleur, les raisins récoltés plus tôt donnent des vins avec une acidité bien présente. Comme en 96, les pH (inférieurs à 3,00) intensifient la sensation de trame acide et de structure
en bouche. Les vins sont précis, fruités, aériens et nets. C'est une année appropriée à la vinification en barriques.
Afin de favoriser la fermentation malolactique, nous commençons à chauffer le chai. Certes, ce n'est pas très écologique, mais on ne peut mieux faire pour l'instant... à suivre!