Bienvenue sur le blog du Champagne Franck PASCAL

En champagne, chaque acteur a sa propre vision du métier de vigneron. 
La nôtre est en ce sens particulière; et l'est d'autant plus lorsqu'on prend en compte le fait que nos 3,5 ha de vignes
sont conduits en biodynamie (culture biologique + soins énergétiques).
Un blog se justifie afin que vous cerniez notre sensibilité et certains aspects de notre métier. Nous espérons, par cette fenêtre ouverte sur notre Domaine, vous faire partager nos choix, nos essais, nos craintes, nos espoirs, nos réussites, nos échecs, nos joies, nos peines...
Asseyez-vous confortablement... Puissent ces quelques lignes retenir votre attention et susciter une lecture intéressée.

 
Jeudi 1 juin 2006

Alors que la floraison des raisins devrait être sur le point de commencer, le temps correspond à celui d'un mois de Mars ou d'Octobre: froid, grisaille, pluie, grêle, vent glacial et courtes éclaircies... Cette météo ne correspond pas à celle que le métabolisme de la vigne réclame...

Aussi, en se déplaçant dans le vignoble, on voit de nombreuses parcelles jaunir ou arborer un feuilage vert pâle montrant une faiblesse. C'est comme cela que la vigne exprime son stress. Force est de constater que ce froid persistant pèse aussi sur notre organisme... Nos vignes sont certainement atteintes de la même manière au plus profond de leur être.

Pour soigner cela et permettre à la vigne de supporter ce stress climatique, on fait appel a une plante médicinale. C'est la plante que l'on savoure en tisane lorsqu'on fait une insolation ou qu'on a un "coup de chaud" l'été:  la camomille matricaire (Matricaria chamomilla). Il faut la cueillir à un stade particulier. Comme elle n'est pas encore en fleur (retard végétatif lié au climat), j'ai utilisé celle cueillie l'an passé.

Cette camamille (attention, il y en a plusieurs... mais il n'y en a qu'une bonne) est diagnostiquée au vignoble dans les situtations suivantes: excès de chaleur, de froid, de pluie de sécheresse.

En 2003 (année de LA canicule), une vigne a mis coteau, exposée plein sud présentait un aspect bizarre: le haut et le bas de la parcelle était bien verts, et le milieu était vert pâle, voir jaune comme si c'était un début de chlorose (= carrence en fer)... Qui dit début de chlorose, dit qu'il faut augmenter la dose d'ortie dans les tisanes (c'est assez rare dans les environs: nous n'apportons aucun chélate ou sulfate de fer dans nos sols car les propriétés minéralisantes de l'ortie suffisent, même en secteur très chlorosant)... erreur de diagnostique !

 A l'endroit précis de la décoloration du feuillage se trouve un banc rocheux de calcaires durs... En clair, la vigne pousse sur un tas de cailloux très dense... le sol avait donc moins de réserves en eau et l'enracinement avait plus de mal a aller rechercher de l'eau en profondeur... La vigne ne souffrait pas de chlorose mais d'un stress climatique de type sécheresse . Je suis allé cueillir de la camomille (heureusement qu'on en trouve longtemps!), j'ai fait ma tisane, je suis allé la pulvériser sur la vigne... quelques minutes plus tard, la vigne était toute verte, jolie comme tout !!!

Voici encore une preuve que la nature regorge de trésors ! En plus, ce sont des trésors qui ne coûtent pas bien cher! :-) Ce serait domage de remplacer cela par des produits commerciaux dont on a du mal à connaitre la composition exacte, non ?

La tisane que j'ai préparé pour traiter les vignes demain contiendra de l'ortie, du saule et de la camomille... et ça sentait tellement bon que je n'ai pas pu résister d'en boire un verre...

La camomille, ce sont les petites "boules" jaunes ci-dessus.

par Franck PASCAL publié dans : A la vigne
Lundi 22 mai 2006

Samedi 20 Mai, alors que je travaillais au chai, la grêle a frappé plusieurs de nos parcelles (voir photo) sur les terroirs de Baslieux-sous-Chatillon, Cuchery et Belval-sous-Chatillon. En dehors du lieux-dit "Les Clos Paillots" à Baslieux, les dégâts sont minimes. Un premier orage avait déjà sévit début Mai, accompagné de grêle. Les anciens ont toujours constaté que le premier orage de l'année montre le passage des autres orages qui vont suivre. Ca s'était vérifé en 2002 avec plusieurs orages de grêle localisés sur les même parcelles...

Une de mes parcelles de Chardonnay, arrivée au stade de 7 à 8 feuilles, a été sévèrement touchée. 100% des jeunes rameaux sont couverts de mutliples impactes de grêle (cf photo 2). Sur chaque cep, plusieurs rameaux sont cassés. Certainsle sont à leur base (sur Pinot Noirs), mais le plus généralement, la casse a eu lieu au niveau des raisins (cf  photo 3 où un raisin a pu survivre sur les deux présents).

 

Quelles sont les incidences de la grêle?

 La récolte potentielle s'est vue réduite en l'espace de quelques minutes. Difficile de quantifier la perte que cela représentera aux vendanges. Nous espérons toujours que la vigne puisse compenser les raisins perdus en permettant aux autres de grossir d'avantage...


Mais pour cela, il lui faut que la vigne soit en pleine forme. Il est important qu'elle cicatrise dans de bonnes conditions avant que les maladies, notamment le mildiou, ne s'implantent sur le feuillage. Le remède est un poudrage de Lithtmane, une algue riche en calcaire et en magnésium, pour apporter à la vigne ce dont elle a besoin pour cicatriser et se remettre de ce stress... malheureusement, en raison d'une courroie trop tendue, un des roulement de ma poudreuse a laché dimanche après-midi.

Impossible d'intervenir partout et ces chardonnays n'ont pas été poudrés . La poudreuse est en réparation depuis ce matin... mais avec le pont qui arrive, il n'est pas certain que je la récupérerai cette semaine! :-(

Autre conséquence: la pousse de la vigne va changer: au lieu de d'avoir de beaux rameaux verticaux, les rameaux cassés vont donner naissance à des rameaux secondaires qui vont pousser plus à l'horizontale... la conduite du relevage et du plan de palissage vont devenir plus délicat. Le feuillage risque de s'épaissir, rendant les grappes plus sensibles aux maladies. En effet, plus le feuillage est dense, plus il a du mal à sécher. En été, la chaleur couplée à cette humidité sont de bons facteurs de développement du mildiou ou du botrytis. Il faudra redoubler de vigilence dans ces parcelles !

Nous croisons les doigts pour que ces orages ne se répêtent pas trop souvent cette année. En effet, même si les Pinots-Noirs et les Chardonnays semblent présenter suffisamment de raisins, nos Pinots Meuniers Vieilles Vignes (soit près de 40% de notre vignoble) présentent en moyenne 9 à 10 grappes par cep ...

par Franck PASCAL publié dans : A la vigne
Mardi 16 mai 2006

Aujourd'hui, petit tour du vignoble pour voir si notre protection contre le mildiou a résisté face aux multiples orages recencés ces 2 dernières  semaines. J'ai vu une tache de mildiou, en me rendant dans une de mes parcelles, mais ce n'était pas dans mes vignes. Il s'agissait d'une parcelle traitée par l'hélicoptère. Etant donnée la dimension de cette tâche,  je ne pouvais pas la manquer ! Me voilà donc rassuré... croisons les doigts, pourvu que ça dure ! La météo est capricieuse en ce début de végétation et il faut rester vigilant.

Les vignes ont bien changé en un week-end: elles ont pris 2 feuilles en moyenne. L'herbe a pris 20 à 30 cm... heureusement qu'on ne met pas d'engrais ni d'amandement dans nos vignes; sinon, on chercherait les ceps sous la verdure. D'aileurs, nous avons planté de jeunes vignes pour remplacer les ceps manquants (morts de l'esca ou de la charrue - on voit l'un des 750 remplacé cette année entre les deux bâtons). Ce sont des plants longs. Ils dépassent volontairement du sol de 20 à 30 cm selon les parcelles plutôt que d'être au ras du sol comme le veut la tradition champenoise ancestrale. Cela fait plusieurs années que nous procédons ainsi. En effet, cela facilite l'entretien des sols: la charrue ou la tondeuse ne raccrochent plus les bourgeons naissants sur la souche.  Par ailleurs, lorsque la météo est trop humide et que nous ne pouvons utiliser la charrue d'été pour contenir l'herbe, il faut passer raccourcir l'herbe pour ne pas qu'elle monte dans les raisins (cela favoriserait les maladies). Nous utilisons donc la débroussailleuse à dos munie de rotofils ... c'est long et fatigant, mais la vigne et le sol nous le rendent bien... Le fait d'avoir un "pied monté" évite de couper les jeunes rameaux avec les fils de la débrousailleuse.

Revenons au sujet  de ce post. 

De nouvelles plantes ont levé ces derniers jours
. Parmis elles, il y a ces fleurs violettes et blanches visibles sur la photo ci-dessus. Je n'en avait encore jamais vu dans mes vignes jusqu'à aujourd'hui. Je pense qu'elles font partie de la famille des orchidées; mais mes connaisssances en botanique sont trop maigres. Ce qui me fait penser cela, c'est la forme particulière des fleurs... J'ai réussi à prendre un gros plan assez net d'une de ces fleurs dans une autre parcelle. Quelqu'un pourrait-il me confirmer ou m'infirmer qu'il s'agit bien là d'une orchidée ?



Veuillez m'excuser, j'ai beaucoup de mal à faire les gros plans avec mon appareil. Je voulais prendre quelques jolis petit insectes que je ne connais pas, afin que quelqu'un qui lirait cet article puisse me renseigner, mais rien n'est net !  :-((

Une autre espèce vient de lever ces derniers jours : la prêle des champs (Equisetum Arvense). C'est la seule prêle aux vertues médicinales. En biodynamie, elle nous est très utile car elle aide à la protection contre certaines maladies... tout comme pour nous. La photo ci-dessous a été prise en bas d'une de mes vignes. C'est là que je récolte ce précieux remède car c'est  loin des cultures intensives (viticoles ou agricoles), ce qui préserve intégralement ses vertues médicinales... Lorsqu'on travaille en biodynamie, l'origine de la plante cueillie est très importante !
Petite remarque personnelle: soigner mes vignes avec ces ressources renouvelables me ravis ! C'est tout de même plus agréable que les produits pétro-chimiques aux vertus non médicinales :-))

 Allez, je vous montre ce trésor que la nature nous offre... et voici... la prêle des champs:

par Franck PASCAL publié dans : A la vigne
Vendredi 12 mai 2006

Les oeufs de mildiou sont arrivés à maturité et la vigne est arrivée à son stade de réceptivité... c'est parti !

Il va falloir faire très attention pour protéger la vigne. Elle devient réceptive dès le stade "3 feuilles étalées". Avant ce stade, on avait pulvérisé une décoction de prêle dans le but de limiter l'implantation du mildiou sur le feuillage. La décoction consiste à faire cuire pendant 40 minutes 100 g de prêle séchée par ha dans de l'eau portée à ébulition.

Depuis cette pulvérisation, 40 mm de pluie sont tombés. La vigne a dépassé le stade "3 feuilles étalées" sous les pluies continues... Les pluies se sont arrêtées Mardi alors que le mildiou est arrivé à maturité Lundi. Il est probable qu'il y ait eu les premières contaminations. Ce sera à vérifier vers le 15 Mai, date à laquelle les premières contaminations seront visibles...

Mercredi, la journée était moite et humide (brouillard matinal persistant + journée avec beaucoup d'humidité malgré la chaleur). Ce sont les conditions idéales pour que le mildiou démarre. Jeudi et Vendredi, Stéphane et Arnaud ont aprenté les coteaux pour traiter nos 3,5 ha de vignes. Ceci prend beaucoup de temps car nous traitons exclusivement avec des chenillards. Ce sont des petits engins légers à chenilles. Ils sont nécessaires pour ne pas compacter les sols. Ainsi, nous préservons la vie microbienne de nos sols et la flore naturelle qui s'y développe. Le but étant de laisser fonctionner l'écosystème propre à chaque parcelle. La nature reprend ses droits.

Dans cet esprit, les traitements sont légers: pas question d'utiliser de pesticide chimique car ce sont souvent de vrais poisons pour certains maillons de la chaîne de l'écosystème. Le programme du jour était le suivant: Tisane de saule (300 g de saule par ha), tisane d'ortie (100 g d'ortie sèche ou 1 kg d'ortie fraîche à l'ha), 225 g/ha de Bouillie Bordelaise et un peu de soufre pour améliorer l'efficacité du Cuivre...

 Maintenant, les rondes pour vérifier la santé et le développement du vignoble vont reprendre: une visite par parcelle tous les 3 jours...

 

par Franck PASCAL publié dans : A la vigne
Mardi 14 mars 2006

Aujourd'hui, le calendrier lunaire nous dit  "c'est jour fruit et période de plantation". C'est donc le moment de mettre en terre les bois sélectionnés dans nos vieilles vignes et les "démarrer" au chaud. Lorsqu'ils auront fait quelques racines, nous les repiquerons en terre. Nous préservons ainsi les espèces de vigne en voie de disparition... la biodiversité du domaine est conservée, sous l'oeil attentif de Saint-VIncent.

EXPLICATIONS:

Autrefois, les vignerons multipliaient leurs propres vignes; ou bien faisaient appel à des pépiniéristes qui s'étaient spécialisés dans le travail de séléction des bois de vigne pour les greffer. Ils avaient donc sélectionné certaines parcelles d'où ils tiraient les bois. C'est ce qu'on appelle la séléction massale.

Depuis les années 80, le services techniques viticoles ont incité à la plantation de vignes à base de clones.

 

Comment obtient-on un clone ?

Cela n'a rien à voir avec les manipulations génétiques des fictions...
Tout d'abord, on sélectionne des ceps de vigne pour certaines aptitudes; notamment de fortes capacités productives (= rendement élevé). Puis ces ceps sont multipliés de manière à pouvoir extraire de grandes quantités de greffons et composer de grandes quantités de plants aux aptitudes homogènes. C'est la sélection clonale.

Suite aux années de fortes gelées qui ont posé des problèmes de survie du vignoble (4 années étaient nécessaires pour cumuler l'équivalent d'une récolte), les clones productifs sont arrivés comme un soulagement pour le vigneron. Depuis les années 80, le vignoble champenois a vécu un véritalbe changement car les clones ont remplacé les sélections massales.



Qu'a changé la généralisation des clones ?

Un point positif: la production s'est accrue grâce aux clones; et s'est accentuée grâce au réchauffement climatique: gelées printanières moins fréquentes, floraison sans gros pépin, et raisins de grosse taille.
Les points négatifs sont d'ordre qualitatif et environnementale:
- la difficulté s'est déplacée car les vignes produisant plus de raisins ont du mal à les faire mûrir jusqu'au bout... ce qui est dommageable pour la qualité du vin. C'est pourquoi, après avoir taillé court nos vignes, nous sommes parfois contraints de couper des raisins dès la floraison et permettre ainsi de réduire la charge potentielle de la vigne. Ayant moins de raisins à faire mûrir, la vigne parvient à produire des raisins avec une meilleure maturité.
- du point de vue environnemental, les variétés anciennes de vignes sont remplacées par des clones. Les vignerons avaient sélectionné pendant des siècles des espèces adaptées à nos terroirs et à nos micro-climats. La diveristé biologique était très grande: des milliers de sortes de vignes d'un même cépage étaient nées de ces sélections et multiplications empiriques. Aujourd'hui, on dénombre tout au plus quelques dizaines de clones qui viennent inexorablement remplacer la biodiversité ancestrale. Tout a été chamboulé en moins de 30 ans (âge moyen auquel la vigne est arrachée en Champagne).

 

Le patrimoine génétique de la Champagne s'épuise !

Bientôt, le vignoble de la région aura perdu ses possibilités génétiques et ces quelques espèces pourront aisément être transplantées en tout point du globe... Or, le vin est obtenu par La Vigne et par le terroir. Si la vigne perd ses particularités, le vin en perdra une partie aussi.



Et au Champagne Franck PASCAL ?

Afin de préserver la biodiversité de notre domaine (celle qui à mon sens contribue à la richesse de nos vins), je n'ai pas arraché mes vieilles vignes, même si certaines d'entre elles plantées entre 55 et 60 montrent des signes de fatigue. Dans une de ces vieilles parcelles, l'état sanitaire est exemplaire et la production de la vigne est raisonnable. Ce sont deux critères très importants en bio pour obtenir des vins de qualité. Je référence, année après année, les ceps dont la récolte est suffisante, pas trop abondante; et surtout dont les raisins ne pourrissent pas.
Plus nombreuses seront les anciennes espèces préservées, plus nous pourrons trouver des solutions à de nouveaux fléaux...

par Franck PASCAL publié dans : A la vigne
Mardi 21 février 2006

Voilà 8 ans que j'ai pris en main le dossier de la confusion sexuelle...

Cette technique agrée en lutte biologique nous dispense d'utiliser des insecticides chimiques pour contenir les populations de "tordeuses de la grappe". Ce sont des papillons (lépidoptères) qui pondent des oeufs à deux périodes de l'année sur les raisins. La première génération de vers pond avant floraison. La larve agglomère plusieurs grains pour se former un abri à l'aide d'une substance qu'elle sécrète. Les grains agglomérés - formant une glomérule - sont perdus. Ce ver se transformera à son tour en papillon, s'accouplera et de nouvelles pontes auront lieu sur grappes. A ce stade de la saison, le grain sera  formé. De l'oeuf sortira une larve qui perforera plusieurs grains pour se nourrir, induisant ainsi le développement de la pourriture du raisin. Autant dire qu'on préfrère limiter les ravages de ces insectes !

Comment marche la confusion sexuelle ?

Il s'agit de saturer l'air avec la phéromone que la femelle produit pour attirer le mâle en vue d'un accouplement (comme le fait une chienne en chaleur). Le mâle est donc dans l'incapacité de localiser la femelle... il n'y a pas d'accouplement, donc pas de ponte sur les raisins... donc pas de dégâts à la vigne.
A priori, la phéromone utilisée n'est pas plus dangereuse pour l'homme que les substances que les animaux émettent dans l'air tout au long de l'année pour alerter le mâle qu'elle sont prêtes à perpétuer l'espèce...

Dans ces conditions , pourquoi devrions-nous saturer l'air de nos campagnes et l'eau de nos cours d'eau de susbtances neuro-toxiques (dégénératives du système nerveux central et périphérique) ou de molécules qui bloquent les influx nerveux, ou encore qui bloquent la division cellulaire, etc etc. Il faut savoir que les modes d'action des insecticides sont les mêmes que ceux des toxiques de combat employés par les militaires en cas de guerre chimique. On peut être certain qu'elles ont aussi un effet sur l'homme, mais aussi sur la faune auxiliaire qui nous aide à protéger naturellement nos vignes.

Quelle efficacité pour la confusion sexuelle ?

Aidé de Fabien MATHIEU (et de Laurent LIEBART la première année), nous relançons chaque année les vignerons qui travaillent des vignes à Baslieux-sous-Chatillon. Un courrier est envoyé à chacun d'eux afin de savoir s'ils souhaitent continuer. En 2005, nous utilisions cette technique sur l'ensemble de la commune pour la septième année consécutive. 2005 est réputée pour la présence de botrytis sur les cépages noirs en Champagne, dont le Pinot Meunier (cépage couvrant 80% de la commune) fait partie.
Les vignerons ont bien remarqué la différence lors des vendanges: le botrytis était marginal à Baslieux-sous-Chatillon!
En fait, nous comptons les populations de vers de la grappe à chaque génération. Nous n'avons jamais dépassé 2/100 de grappes touchées, quels que soit l'année, le cépage, ou le lieu-dit; ce qui correspond à d'excellents résultats.
Avec les collègues qui avaient déjà une démarche raisonnée (c a d qui procédaient à des comptages avant intervention), on a pu constater un effondrement des populations comptabilisées, suivi aux vendanges d'une nette amélioration de l'état sanitaire des raisins... 

par Franck PASCAL publié dans : A la vigne
Mardi 31 janvier 2006

Aujourd'hui, j'ai eu la chance de participer à une formation qui abonde dans le sens des travaux de Chaboussou. Ce chercheur qui travaillait à l'origine à l'INRA avait mis en évidence l'effet indésirable des pesticides sur les plantes. Il avait mesuré les désordres biologiques induits par certaines molécules chimiques dès les années 60 et jusque dans les années 80. Ces désordres, principalement mesurés par des carrences ou excès induits en élements minéraux ou oligo-éléments, mettaient la vigne et les autres cultures dans un état de fraglité : celles-ci se trouvaient apétantes pour les pathogènes et cryptogammes. Ces ravageurs n'allaient alors pas se priver de se régaler des cultures et de pulluler...

Certains de ses travaux sont regroupés dans un ouvrage nommé "Les plantes malades des pesticides". Vous pouvez vous le procurrer auprès d'Ulrich SCHREIR, bien connu pour ses dynamiseurs en Val de Loire.

La FRAB a invité Eric PETIOT ce jour au Lycée Agricole de Rethel pour exposer à une poignée d'agriculteurs - qui s'intéressent de près ou de loin à la bio et à la biodynamie - certaines facultés des plantes.

Par une approche rigoureuse, il a pu identifier certaines molécules biochimiques aptes à aider les cultures à se défendre contre certains agresseurs (phénols, aldéhydes, etc)... mais comme le disait CHABOUSSOU avant lui, les pesticides modifient beaucoup de choses dans la plante.

Erci PETIOT a eu une autre approche que celle de CHABOUSSOU basée sur la constitution minérale des plantes En étudiant le pH, le potentiel rédox et la résistivité d'une plante, il a pu constater que la plante se trouve en parfait état de santé pour certaines fourchettes de valeurs, et qu'elle développe des pathologies quand ces valeurs sortent des fourchettes. Ceci vaut aussi pour le sol...

Il a notamment constaté qu'une plante dont tous les paramètres étaient dans la bonne fourchette se voyait avoir ses paramètres totalement hors fourchette après application d'un pesticide de synthèse (fusse même un désherbant appliqué au sol). La plante se bloque alors en situation de détresse, ce qui affaiblit ses défenses immunitaires. Par ce biai, elle prévient les autres membres de son espèce que quelque chose ne va pas... malheureusement, elle averti aussi ses ravageurs qu'elle est en position de faiblesse, ce qui incite ces derniers à s'attaquer à elle en priorité...

Voyant de nouvelles attaques sur sa culture, le vigneron/agriculteur appliquera un autre pesticide et la boucle est bouclée...

Une solution existe pour rétablir ce déséquilibre: la multitude de composés de défense immunitaire que peuvent produire certaines plantes. On en rencontre jusqu'à 150 dans une même plante... du fait de la synergie entre toutes ces molécules (bâties depuis des millions d'années en réponse à certains agresseurs), la nature met à notre dispositon un redoutable arsenal de moyens de lutte contre les ravageurs de nos cultures... à nous de savoir quels principes actifs extraire, comment les extraire et vérifier que leur pH, leur potentiel rédox et leur résistivité sont compatibles avec le maintien de la plante en bonne santé. Les moyens d'extractions connus sont pour partie ceux que j'utilise en biodynamie: tisane, décoction, extrait à froid, extrait fermenté, distillation d'huiles essentielles. Peut-être une nouvelle ère dans la protection des plantes ?

par Franck PASCAL publié dans : A la vigne
Samedi 19 novembre 2005

Alors que les feuilles restaient bien accrochées sur les rameaux, les premières gelées arrivèrent. Le paysage au lever du soleil est toujours magnifique. Les coteaux blanchis par le givre à l'aurore sont un spectacle à ne pas manquer. Ceci transforme les belles couleurs de l'automne en notes pastelles... jusqu'à ce que le ciel vire au mauve. Puis, ce sont les premiers rayons du soleil, rasants, qui illuminent les coteaux. En quelques minutes, le spectacle s'évanoui... seul le souvenir reste.

Pour essayer de vous faire partager quelques-uns de ces moments, je suis parti prendre quelques clichés dans les endroits où le soleil pointe un peu plus tard... mais la photo ne permet pas de ressentir la même chose que le photographe: la sensation de partager un moment privilégié avec la nature...

Feuilles givrées

~o~

 Lieu dit "Le Village Nord"

 ~o~

~o~

Pied de coteau "Les Priolées"

par Franck PASCAL publié dans : A la vigne
Mardi 1 novembre 2005

Bonjour,

Aujourd'hui c'est férié.  Pour la première fois depuis la naissance de Clarisse (7 ans), j'ai pu consacrer quelques heures à nos trois enfants. Nous sommes donc partis à la recherche des champignons de forêt et de pâture. Octobre n'a pas été très pluvieux: hormis quelques brouillards, le total des pluies se compte en mm alors qu'habituellement, ce sont quelques dizaines de millimètres qui tombent à cette saison. La cueillette fut donc minime, mais ce n'était pas là le but de l'opération.

 

Sur le chemin du retour, je m'arrête devant deux de nos vignes... Le triticale à-t-il levé??

Le triticale est une céréale qui servira de couverture hivernale à nos sols. Les années précédentes, je semais plutôt du seigle, de l'orge ou du blé. Le triticale résistant mieux aux gelées d'hivers que le blé, c'est ce que j'ai choisi de semer cet automne.
Après les vendanges, le sol est resté chaud. La fenêtre pour le semis de céréales est longue cette année car  le beau temps domine ce mois d'Octobre. Après un travail du sol adapté à chaque parcelle (en plein ou localisé dans le rang) , nous avons procédé au semi avec le bon vieux semoir à engrais de papa: celui muni de deux lanières qu'on passe autour du cou pour semer les grains à la volée. Ceci nous permet de localiser les grains dans le milieu des rangs... au cas où le mauvais temps du printemps nous empêcherait de détruire mécaniquement les épis qui se développent sous le rang de vigne.

 

Dans quel but semer une céréale dans les vignes?

Tout dépend des parcelles...  Le sol, le climat, le cépage, le porte-greffe, l'historique de la parcelle variant à chaque fois, chaque parcelle demande à être conduite différemment pour obtenir comme résultat final une belle vendange.

Premier Cas, "Le Grand Marais"

Le Grand Marais - Vieille vigne de Pinot Meunier

Le sol de cette vigne n'est travaillé que depuis deux ans car je n'en avais pas la responsabilité avant. Le sol a du mal à se décompacter. Les céréales vont l'aider de trois manières:
- savez-vous qu'un grain de blé produit 200 km de racines et qu'un grain de seigle 600 km?? Ce réseau va émietter la surface du sol (à défaut de plonger si le sous-sol est trop compact ). Ceci va permettre d'oxygéner de la surface du sol
- les céréales qui vont se développer vont puiser les fertilisants suceptibles de migrer dans les nappes phréatiques au cours de l'automne et de l'hiver. Elles les relargueront quand on les tondra ou qu'on les sarclera. Elles serviront de nourriture à la flore du sol qui vit en interaction avec la surface.
- Lorsqu'on les détruira mécaniquement, les racines vont mourrir et servir de nutriment aux micro-organismes vivant dans les couches les plus profondes du sol. L'endroit où les racines se trouvaient dans le sol formeront des conduits par lesquels les eaux de pluie et l'air pourront pénétrer... La vie pourra alors continuer sa propagation dans les profondeurs du sol afin qu'il retrouve son dynamisme. C'est un point nécessaire à l'expression du terroir dans nos vins.

Second cas, "Le Bois de Binson"

Le Bois de Binson

Dans cette vigne, il est plus difficile de discerner le semis, et pourtant, il est bien là!
Cette parcelle était principalement colonisée par le mourron après les vendanges. Un signe qui ne trompe pas: c'est le témoin d'une bonne aérobiose (la vie microbienne de surface travaille bien), mais c'est aussi un indicateur d'un souci non résolu avec l'azote. C'est d'ailleurs une des parcelles où j'ai eu du botrytis aux vendanges 2005... il faut donc travailler à réduire l'absorption d'azote par la vigne pour équilibrer son alimentation et prévenir le botrytis. Le triticale sera un élément contribuant à ce "puisage" des ressources du sol pour la prochaine saison. Il va volontairement concurrencer l'alimentation de la vigne pour le bien-être de cette dernière.

Rendez-vous au printemps pour la suite!

Franck

 

 

par Franck PASCAL publié dans : A la vigne
Mercredi 12 octobre 2005

Aujourd'hui, visite d'une photographe... nous nous rendons dans les vignes, lieu où je me sens le mieux et où je passe le plus clair de mon temps. Une chose me frappe... après avoir posé pour quelques clichés, il faut que je revienne sur place prendre une photo et immortaliser ce paysage... regardez bien la photo qui suit. Que remarquez-vous ? Je vous laisse quelques secondes...

Les Guillerettes, Pinots Noirs et Pinots Meuniers

...

...

...

Stop, c'est fini!
Alors ?

Et oui, c'est  cela:  les vignes du premier plan ont un bel éclat et de belles couleurs : jaune, vert, rouge, des couleurs de début d'automne pour une vigne en parfaite santé. En revanche, dans le plan juste après le poteau électrique, les vignes sont marrons... sauf quelques rangs en aussi bonne forme que les vignes du premier plan.

Pourquoi cette couleur marron ? Demandez-le au mildiou, il vous expliquera comment il a détruit le feuillage. Le marron est le résultat de la nécrose prématurée des feuilles de la vigne sous l'action du mildiou. Le mildiou est une maladie liée à des champignons. Lorsqu'ils trouvent un terrain favorable à leur multiplication, les champignons s'installent sur le feuillage... détruisant au passage les cellules de la feuille, des rameaux ou des raisins.

C'est la troisème année consécutive que je remarque ce contraste entre nos vignes en culture bio ou biodynamique et celles de nos voisins en culture conventionnelle (avec produits chimiques de synthèse). Les premières fois que j'ai vu nos vignes si belles au milieu de celles rongées par les maladies, j'ai cru à une coincidence. Maintenant, je pense que la vérité est ailleurs... Vous l'aurez certainement compris, les vignes du premier et second plan sont les nôtres; celles aux belles couleurs au milieu des vignes malades sont aussi les nôtres.

Sur ce, je vous conseille de vous méfier des mauvaises langues décrivant les vignes en culture biologique ou biodynamique comme des refuges où siègent les maladies de la vigne*. Il y a des contre-exemples flagrants... je tenais à le montrer.

Franck

 

* c'est souvent ce qu'on entend de la bouche des confrères... sont-ils mal informés ? sont-ils conditionnés par leur formation viticole conventionnelle ? Je dis bien conventionnelle, car la viticulture traditionnelle était - à ses origines - biologique, mais elle ne le savait pas: les molécules de synthèse n'avaient pas encore été inventées...

par Franck PASCAL publié dans : A la vigne
 

Article en direct

Inscription à la newsletter

Recherche

 
 
Blog : Jeux sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus